« PARCE QUE LA VIE EST UN COMBAT / POUR CEUX D’EN HAUT COMME POUR CEUX D’EN BAS » (Dans la dernière chanson de Kery James, «Banlieusards»). Délinquance, voitures en flamme, échec scolaire… les politiciens ne sont pas les seuls a se poser la question : « la banlieue est elle vouée a l’échec ? ». A Vitry, les jeunes se demandent si la réussite artistique est une chose qui peut les sauver du chômage.Aujourd’hui beaucoup de banlieusards s’en sortent en devenant footballeur, chanteur, comédien, danseur… Kerry James le pense comme beaucoup d’artistes…
Dans sa dernière chanson il le dit clairement : « On n’est pas condamnés à l’échec, voilà l’chant des combattants / Banlieusard et fier de l’être, j’ai écrit l’hymne des battants […] / C’est que j’ai nagé dans des eaux profondes sans bouée / J’ai le ghetto tatoué, dans la peau, j’suis Rebel comme Ekoué / Mais l’espoir ne m’a jamais quitté / En attendant des jours meilleurs, j’ai résisté ».
Les jeunes de banlieue sont souvent jugés et catalogués… Alors que beaucoup d’entre eux s’en sortent dans le domaine artistique mais aussi grâce à l’école ! Beaucoup de gens les jugent sans même les connaître… Ils ont l’image de la délinquance des jeunes qui volent, qui cassent et qui se font arrêter. Mais ils ne sont pas tous comme cela. Les jeunes « banlieusards » valent beaucoup plus que certaines personnes ne le croient !!!
Beaucoup se battent pour prouver qu’ils ne sont pas voués à l’échec, d’autres le chantent pour expliquer à cette partie de la France qui ne veut pas entendre.
Hadia, 13 ans.
Rencontre avec Adlene professeur de théâtre d’improvisation (ou « théâtre d’impro ») du collège de Gustave Monod.
Présentez vous…
Je m’appelle Adlene Chennine, j’ai 31ans. Je suis un ancien surveillant du collège. Maintenant, je suis professeur de théâtre d’impro à Gustave Monod. J’enseigne deux heures de cours par semaine. Le cours est divisé en deux parties : les débutants et les anciens.
Lors de représentations sur scène, on donne des thèmes aux équipes comme « J’ai oublié la clef »… L’originalité c’est que le public vote pour la meilleure équipe …
Mon but est de leur apprendre le théâtre et qu’à la fin de l’année ils se produisent devant les élèves du collège.
Je suis aussi comédien. Avec mon collectif « Passe passe la cam » sur Internet, on fait des vidéos satiriques en se moquant des rappeurs qui se multiplient en banlieue…
Depuis quel âge rêvez-vous de faire ce métier ?
Depuis l’âge de 23 ans, je suis dedans. Mais ce n’était pas un rêve… Je ne m’y intéressais pas. Cela correspond à ma personnalité. J’ai découvert ça grâce à un ami et en 2001 j’ai ouvert le club à Monod. En 2002, j’ai créé mon association. Mon but, c’est de promouvoir l’impro.
Je me produis dans mon quartier, dans le 78, à Paris, à Porte de Montreuil, à Trappes …
On joue contre des équipes de partout comme contre l’association de Déclic théâtre dans le 78 où a été produit Djamel Debouze.
Que pensez vous de la réussite des « banlieusards » qui réalisent leur rêve en devenant chanteurs, footballeurs, comédiens… qui vivent de leur passion ?
Je ne suis pas de ceux qui cataloguent « banlieusard ». Pour moi, on ne naît pas jeune de banlieue, on n’est jeune tout court. Ceux qui réussissent dans le sport, c’est bien, mais j’admire surtout ceux qui réussissent scolairement. Pourquoi cataloguer jeunes « banlieusards », j’aime qu’un jeune s’en sorte tout court ! La banlieue est médiatisée mais ce que la télé raconte n’est pas toujours la réalité.
Je vous remercie pour l’interview. Un petit mot pour la fin ?
On n’est pas condamnés à l’échec, banlieusards !
Propos recueillis par Hadia,
Rencontre avec Fouad Boussouf professeur de danse aux EMA (écoles municipales artistiques) de Vitry.
Pourriez-vous vous présenter ?
Je m’appelle Fouad Boussouf, j’ai 31 ans. Je suis né au Maroc et je suis arrivé en France en 1982 pour faire des études (CAP, BEP, BTS DESS). Aujourd’hui je suis prof de danse aux EMA.
Avez-vous grandi à Vitry ?
Non, j’ai grandi à la campagne, à côté de Troie. Je suis venu plus tard à Vitry pour la danse.
Depuis quand dansez-vous ?
Dans les années 1987-88, je dansais déjà sur du Michael Jackson… On écoutait des sons sur des cassettes de musique (car Internet et toutes ces nouvelle technologie n’existaient pas !)
Là où j’habitais, il y avait de la danse classique, de la danse moderne mais pas du hip hop ! On était trois/quatre, on dansait dans les halls, on inventait des chorégraphies, on dansait sur du béton. Je faisais aussi du handball et du foot mais ma passion pour le hip hop a pris le dessus.
Que cherchez-vous transmettre à vos élèves ?
Pour moi enseigner la danse, c’est éduquer l’esprit et le corps des enfants, leur apprendre à arriver à l’heure … C’est aussi leur transmettre des valeurs : danser avec des filles, des garçons, des noirs, des arabes. Et puis leur apprendre que danser, ce n’est pas imiter les stars de la télé, comme Beyoncé, Shakira, mais que la danse, c’est un art.
Pensez-vous avoir atteint votre but dans la vie en exerçant votre métier ?
Déjà c’est de la reconnaissance envers mes parents et ensuite, oui, c’est une réussite de pouvoir vivre de ma passion.
Des banlieusards qui réalisent leurs rêves en devenant chanteurs, footballeurs, comédiens, quelle est votre opinion là-dessus ?
Pour moi il n’y a pas de différence entre un mec de banlieue et un mec « normal »
Mais bon… qu’un jeune s’en sorte, c’est super.
Quand on vient de banlieue, est-on forcément condamné à l’échec ?
Non, heureusement, car sinon ça ne serait pas marrant. Je pense que déjà avant de naître, on nous a déjà casé dans des cases. On nous a catalogué, donc deux fois plus de raison de se battre et d’y arriver !
Propos recueillis par Hadia.